Gustave Courbet en Saintonge

Lorsque Gustave Courbet arrive à Saintes, le 31 mai 1862, accompagné de son ami le critique d’origine saintongeaise Jules-Antoine Castagnary, il ne projette qu’un court séjour. Il se plut tant qu’il y passa une année entière, abandonnant Paris et, surtout, ses habituelles villégiatures dans sa Franche-Comté natale. Plusieurs raisons le retiennent si loin de ses repères traditionnels. S’il vient de rompre avec Léontine Renaude, un modèle qui l’avait trompé avec le médiocre frère de Nadar, il rencontre Laure Borreau, l’épouse d’un commerçant de Saintes, dont il avoue être tombé amoureux dès le mois d’août. Le mari, aveugle ou complaisant, ne prend pas ombrage de cette liaison et Courbet n’en a cure : « Si vous pouvez la séduire par l’argent, le sentiment ou la gloire, elle [la femme] vous appartient plus naturellement, plus légitimement qu’à son mari », avait-il dit, comme le rapporte Théophile Silvestre. Par ailleurs, il se lie avec des peintres de la région, forge des amitiés avec un petit milieu intellectuel et artistique qui partage ses idées républicaines, anticléricales et son sens de la fête ; il découvre aussi le cognac, dont il deviendra un grand consommateur. Le pays, où Corot, un temps, le rejoint, lui offre l’occasion de peindre des paysages entre littoral et campagne, très différents de ceux, si familiers, d’Ornans ; il ne néglige pas non plus les portraits, les bouquets de fleurs et réalise quelques nus parmi les plus beaux de son œuvre, notamment la Femme nue couchée de l’ancienne collection Hatvany, redécouverte en 2006 à l’occasion de la rétrospective du Grand Palais. C’est aussi en Saintonge qu’il peint un grand tableau-manifeste de veine rabelaisienne, Le Retour de la conférence, qui montre un groupe de curés ivres déambulant sur un chemin Comtois. Cette provocation, parfaitement préméditée, lui vaut un refus au Salon de 1863 ainsi qu’au… Salon des refusés qui accueillait, cette année-là, les nombreuses œuvres rejetées par un jury particulièrement sévère.

Dans le cadre du bicentenaire de la naissance de l’artiste, le musée de l’Echevinage de Saintes, en collaboration avec l’Institut Gustave Courbet, accueille jusqu’au 31 octobre prochain une belle exposition consacrée à ce séjour. On y trouve, au rez-de-chaussée, des paysages franc-comtois issus de la collection de l’Institut, végétaux, minéraux, denses, souvent sombres – on sait que Courbet usait beaucoup du noir de Judée – et qui sont rarement exposés au public. Au premier étage, on découvre des paysages charentais, peints par Courbet, mais aussi par ses amis locaux sur lesquels il exerça une influence, Louis-Augustin Auguin, Hyppolite Pradelles. Une salle entière est dédiée au Retour de la conférence. Certes, on présume que le tableau a été détruit au début du XXe siècle par un financier « catholique exalté », mais un agrandissement photographique aux dimensions de l’original (2,29 x 3,30 m) donne une idée assez précise des intentions satiriques du peintre et du scandale qui s’en suivit. Il est entouré des principaux éléments du dispositif athée et anticlérical que Courbet développera en 1868, dont plusieurs dessins préparatoires à l’huile sur panneaux de bois et des gravures ayant servi à l’illustration des deux pamphlets qu’il publia en Belgique, Les Curés en goguette et La Mort de Jeannot. Le troisième étage propose, pendant les trois premiers mois, des gravures tirées des toiles les plus célèbres du maître peintre d’Ornans que l’on a peu l’occasion de voir (Un Enterrement à Ornans, Les Baigneuses de 1853, La Femme au perroquet…). A la suite, sera exposée une belle série de portraits-charge, Courbet ayant été l’une des principales cibles des caricaturistes de presse, ce dont il était loin de se plaindre, partant du principe qu’il était le plus grand artiste de son époque, puisqu’il était aussi le plus attaqué.

Un catalogue, établi par Carine Joly en collaboration avec Séverine Bompays, regroupe les œuvres exposées et plusieurs essais qui apportent d’utiles informations sur le séjour saintongeais de l’artiste.

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