200 chefs-d’œuvre de la peinture passés au crible

Il n’est pas toujours aisé d’interpréter un tableau. Derrière les apparences, souvent trompeuses, se dissimulent des clés de lecture que le regardeur, à moins d’être solidement rompu à l’exercice, peine à déceler. Symboles ou références strictement contemporaines de l’œuvre devant laquelle le spectateur se trouve risquent de lui échapper dans la mesure où leur sens s’est estompé ou modifié au fil du temps, quand l’artiste lui-même ne s’est pas livré à un cryptage volontaire ou facétieux. Dans ce contexte, on mesure tout l’intérêt de l’ouvrage Le Sens caché de la peinture (Hazan, 400 pages, 29,95 €) publié par Patrick De Rynck et Jon Thompson. L’objectif est ambitieux, comme l’indique le sous-titre : « un panorama de l’art en 200 chefs-d’œuvre », qui s’ouvre avec Giotto et se referme sur Andy Warhol.

Chaque tableau proposé, reproduit, fait l’objet d’un bref historique et d’une description ; des cadrages serrés sur les principaux détails illustrent les explications nécessaires à l’interprétation de l’image – ou, à tout le moins, à une interprétation, car certaines œuvres continuent, chez les historiens, de susciter débats et abondante littérature scientifique. Cette approche pédagogique rend ce livre abordable par tous ; c’est un outil efficace pour préparer une visite de musée ou mieux connaître certaines facettes d’un artiste. Ces derniers (plus de 140) sont présents à travers leurs tableaux les plus emblématiques, suivant l’ordre chronologique de leur réalisation. On trouvera par exemple, pour Picasso, La Vie (1903) à la page 236, Les Demoiselles d’Avignon (1907) à la page 246 et Guernica (1937) à la page 302. Si la plupart des peintures sont traitées en deux pages, quelques autres se voient attribuer un développement plus important et toujours justifié. Les indications des auteurs, bien que synthétiques, se révèlent utiles et suggèrent parfois des passerelles bienvenues en histoire de l’art ; relier ainsi La Montagne Saint-Victoire vue des Lauves (1904-1906) de Cézanne au Cubisme est on ne peut plus pertinent.

Le soin avec lequel chaque fiche a été rédigée n’exclut pas quelques erreurs. On peut ainsi lire, dans le texte concernant L’Origine du monde de Gustave Courbet, que la toile figurait au musée de Budapest, derrière un autre Courbet, Le Château de Blonay, alors que, depuis près de vingt ans, nous savons qu’elle n’avait jamais été conservée dans ce musée et faisait partie de la collection hongroise du baron Ferenc Hatvany (son ami Herzog ayant, lui, choisi Le Château de Blonay lorsqu’ils achetèrent ensemble les deux tableaux chez Bernheim Jeune). Il est tout aussi surprenant de lire « Duchamp n’a guère eu l’occasion de voir la toile de Courbet » alors qu’il la vit bien en 1958 chez Jacques Lacan lorsque ce dernier en était le propriétaire.

Pour autant, un tel ouvrage, portant sur tant d’œuvres réparties sur une si vaste période, reste une source d’informations pour les amateurs d’art. Son iconographie, riche et de belle qualité, ajoute à son intérêt ; le lecteur y trouvera en outre un moyen profitable d’exercer son œil pour interpréter plus tard des peintures qui n’y figureraient pas.

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