Une malicieuse « Anticyclopédie » du cinéma

 

AnticyclopédieLe cinéma a depuis longtemps inspiré de très sérieuses études et donné lieu à d’intéressantes querelles de clochers, avec une prédilection pour les courts ou longs métrages ennuyeux, voire incompréhensibles, forcément soupçonnés d’être des chef-d’œuvre. Michel Audiard s’amusait de ces débats de spécialistes qui, sous couvert de culture, exerçaient la coupable industrie de police de la pensée : « Celui qui n’a jamais assisté à un débat après projection dans un ciné-club ne peut pas prétendre s’être vraiment marré dans la vie. On y côtoie des androgynes hallucinogènes qui se chamaillent à propos du nom de l’assistante-monteuse d’Eisenstein, qui savent que le plan n° 114 de Citizen Kane a été postsynchronisé sans l’autorisation d’Orson Wells, qui savent sur John Ford des choses que John Ford ne soupçonne même pas. »

L’Anticyclopédie du cinéma (Wombat, 144 pages, 14,50 €) d’Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle ne se risque pas à ces extrémités. Son sous-titre, « Tout de que vous avez toujours voulu savoir sur le cinéma (sans jamais oser le demander à Woody Allen) », donne un avant-goût de leur approche. Résolument déjantée, à lire au second degré, cette anticyclopédie propose une vue d’ensemble ironique et décalée du septième art. Grandes dates du cinéma, biographies très corrigées d’acteurs et de réalisateurs, synopsis délirants de films célèbres, presse spécialisée, termes (plus ou moins) techniques et cinémas du monde sont ainsi abordés en 22 chapitres illustrés de dessins de Charles Berberian.

Les lecteurs non-spécialistes s’amuseront au fil des pages et les cinéphiles avertis pourront faire, entre deux éclats de rire, la part de la vérité et de la fiction, car l’érudition des auteurs se dissimule habilement au cœur des entrées de cette parodie de dictionnaire. Ainsi, les amateurs du Septième sceau (Bergman, 1957, à surtout voir en version originale sous-titrée en kikuyu) se retrouveront-ils dans cette définition du cinéma suédois : « On reconnaît un film suédois aux trois caractéristiques suivantes : – Le film est tourné en noir et noir – Un joueur d’échecs observe la Mort par la fenêtre – Un masque de clown triste symbolise la maladie de la Mort. »

Leur humour aurait pu s’épicer de férocité – le thème y invitait ; ils ont manifestement préféré prendre le parti du loufoque. Dans la mesure où ils font preuve d’un mauvais esprit bienvenu, on leur pardonnera facilement. N’écrivent-ils pas : « Le comédien signe des pétitions, l’acteur signe des autographes » ou « Un « classique » est un film qu’il sera toujours temps de voir et que, par conséquent, personne n’a jamais vu » ? Ils savent aussi se montrer gentiment iconoclastes, comme dans cette définition de Marguerite Duras : « Ecrivaine et réalisateuse française (1914-1996). Ceux qui sont allés voir ses films (Le Camion, India Song) n’ont rien compris. Ceux qui n’y sont pas allés ont tout compris. Duras a toujours rêvé de réaliser une comédie musicale. Fort heureusement, elle n’a jamais mis sa menace à exécution. » Emmanuel Vincenot et Emmanuel Prelle semblent partager l’opinion du grand Pierre Desproges qui affirmait volontiers : « Marguerite Duras, qui n’a pas écrit que des conneries. Elle en a aussi filmées. »

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