Le musée des Beaux-arts de Lyon

Installé dans l’ancienne abbaye royale des bénédictins, le musée des Beaux-arts de Lyon conserve de riches collections d’objets d’art couvrant la période s’étendant de l’Antiquité au XXe siècle et accueille, tout au long de l’année, des expositions temporaires. Entièrement rénové durant les années 1990, il offre un espace muséal apte à réserver de belles surprises aux visiteurs.

Le parcours chronologique des salles de peinture et de sculpture du second étage, qui s’ouvre sur les Primitifs, abrite notamment un beau Portrait de noble dame saxonne (1534) de Lucas Cranach, une Vierge à l’enfant de Mantegna, une Danaé (vers 1577-78) du Tintoret et une Bethsabée au bain (vers 1575) de Véronèse. On remarque aussi une œuvre étonnante de Vincenzo Campi, Les Mangeurs de ricotta (vers 1580) d’un réalisme qui n’est pas sans rappeler les terribles trognes des personnages de L’Arracheur de dents (Cavadenti, Palais Pitti, Florence) que le Caravage peindra vingt-cinq ans plus tard.

Le Saint François (vers 1650-1660) de Francisco de Zurbaran, ascétique et inquiétant, marque tout le contraste qui oppose la peinture espagnole à celle, contemporaine, de l’Italien Jusepe de Ribera (San Francesco orante, 1643, Palais Pitti, Florence). Plus loin, se trouvent une grande peinture religieuse de Rubens, Saint Dominique et saint François d’Assise préservant le monde de la colère du Christ (vers 1618-1620) qui contraste nettement avec la sensualité de ses scènes mythologiques bien connues du maître et une Transverbération de sainte Thérèse (1621) du peintre lyonnais Horace Le Blanc qui, il faut le reconnaître, ne parvient pas à égaler en peinture l’exceptionnel marbre du Bernin (1652, Eglise Santa Maria Della Vittoria, Rome).

Plus intéressantes sont quatre petites huiles foisonnantes de Jan Brueghel l’Ancien, L’Air, Le Feu, L’Eau et La Terre (vers 1625-30), ainsi que La Peseuse d’or de David III Ryckaert et, surtout, L’Entremetteuse (vers 1625-1630) de Jan van Bylert, une œuvre, là encore, très caravagesque, tant dans son traitement que par son thème.

Riches également sont les salles dédiées au XIXe siècle, avec deux curieuses Mise au tombeau qu’il est intéressant de confronter, l’une de Géricault d’après Raphaël, l’autre de Delacroix, d’après le Titien. Autre confrontation, celle de l’esquisse, puis du tableau définitif des Dernières paroles de l’empereur Marc-Aurèle (1843) de Delacroix, de qui on peut encore voir une Femme au perroquet (1827) beaucoup moins érotique que celle peinte par Courbet en 1866. Le maître-peintre d’Ornans est d’ailleurs présent, notamment avec Les Amants heureux (1844) et le très beau Portrait de Paul Chenavard (1869). A noter encore une grande toile de François-Joseph Heim, La Défaite des Cimbres et des Teutons par Marius (1853), œuvre tourmentée qui inclut en son centre deux femmes enlacées (une brune, une rousse) qui rappellent, en plus sages, celles du Sommeil (1866, musée du Petit Palais) du même Courbet. Enfin, les passionnés de Daumier se délecteront des 36 bustes de bronze représentant les célèbres caricatures de parlementaires.

Accrochées dans les salles réservées aux Impressionnistes, on trouvera, de Van Gogh,  une Paysanne au châle vert (1885) d’une veine similaire aux Mangeurs de pommes de terre de la même année (Van Gogh Museum, Amsterdam), La Tamise à Charing Cross (1903) de Monet, plusieurs toiles de Sisley, Pissarro, Degas et Renoir, le Portrait de Jeanne Demarsy (1881) de Manet et Nave nave Mahana (1896) de Paul Gauguin qui voisinent avec deux bronzes de Rodin, Le Penseur et Le Baiser.

La section dédiée au XXe siècle doit beaucoup au legs de Jacqueline Delubac (1907-1997). Cette actrice née à Lyon, qui fut l’une des femmes de Sacha Guitry, fut aussi un grand collectionneur au goût sûr. On en jugera à quelques-unes des œuvres ici présentées : Nu au bas rouges (1901) et Femme assise sur la plage (1937) de Picasso, Deux femmes au bouquet (1921) de Fernand Léger, Femme au chevalet (1936) de Braque, L’Atelier aux raisins (1942) de Raoul Dufy, Les Voies abandonnées (1963) de Victor Brauner, une Composition (1955) de Poliakoff, Le Verre d’eau V (1967) de Dubuffet, My Fair lady (1956) de Fautrier, une toile de Hans Hartung et deux très beaux Francis Bacon, Etude pour une corrida (1969) et Carcasse de viande et oiseau de proie (1980). Parmi les œuvres ne provenant pas du legs Delubac, on notera Jazz Band (1920) d’Henri Hayden, Tête de mouton écorché (1939) de Picasso et, surtout, Le Violon (1911) de Braque.

L’exposition temporaire qui s’est achevée le 4 juillet dernier, « Le Génie de l’Orient, l’Europe moderne et les arts de l’Islam », faisait la part belle à l’influence du graphisme islamique sur les arts décoratifs occidentaux, voire l’architecture, tout en n’omettant pas les inévitables références à l’orientalisme des peintres du XIXe siècle. Cet « orientalisme de bazar » en dit davantage sur la vision fantasmée de l’Orient par l’Occident qu’il nous en apprend de la vie culturelle et quotidienne du monde arabo-musulman de l’époque. Stéréotypes, goût du pittoresque et de la couleur locale semblaient un passage obligé, jusque chez Decamps et Delacroix. Par contraste, l’exposition présentait un ensemble de belles œuvres de Matisse et surtout une fabuleuse réunion de dessins de Paul Klee qui aurait, à elle seule, justifié une visite.

Une exposition temporaire parallèle se prolonge toutefois jusqu’au 19 septembre, « Lyon et les arts de l’Islam », qui met l’accent, d’une part, sur les collectionneurs lyonnais du XIXe siècle qui rassemblèrent de nombreux objets pour enrichir leurs cabinets de curiosité et, d’autre part, montre quelle a été l’influence graphique islamique sur les motifs créés par l’industrie de la soie. Ce dernier aspect, notamment, se révèle tout à fait intéressant, qui confronte des pièces de mobilier, d’architecture, de céramiques d’objets d’ornement et de tissus en provenance de l’Orient avec les créations de soieries luxueuses et hautement décoratives. Cette mise en regard originale et inattendue, preuve d’une islamophilie très en vogue au XIXe siècle, mérite une réelle attention.

Illustrations : Vincenzo Campi, Les Mangeurs de ricotta (vers 1580) – Jan van Bylert, L’Entremetteuse (vers 1625-1630) – François-Joseph Heim, La Défaite des Cimbres et des Teutons par Marius (1853, détail) – Jacqueline Delubac .

5 réflexions au sujet de « Le musée des Beaux-arts de Lyon »

  1. Très bon article sur le Musée des Beaux-arts de Lyon avec la précision suivante à apporter. Comme rappelé par Elisabeth Lebovici dans son article du 4 avril 1998 dans Libération, le legs de Jacqueline Delubac comprend en grand partie la collection de peintures de la fin du XIXème siècle héritée de son second mari, le diamantaire et célèbre collectionneur d’origine arménienne, Miran Eknayan.

    J'aime

    1. Très bonne remarque, à la veille de la prochaine expo du musée des Beaux-Arts de Lyon sur les tableaux légués par Jacqueline Delubac (à partir du 7 novembre 2014) !

      J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s