Pour les amoureux des chats…

 A quoi ressemble le monde des humains, vu à hauteur de chat ? Tel est le défi que vient de relever avec humour Monique Neubourg en publiant un guide savoureux intitulé Comment domestiquer son maître quand on est un chat (Chiflet et Cie, 128 pages, 10 €).

Le livre, on l’aura compris, s’adresse aux chats désireux de cohabiter avec – ou, plus exactement, de tolérer sur leur territoire et de dresser – ces êtres étranges que sont les hommes (femmes et enfants inclus, naturellement), si patauds, si imparfaits comparés à ces créatures élégantes et raffinées que sont les félins domestiques. Théophile Gautier – qui vivait avec plusieurs chats – avait bien raison de les appeler « les tigres des pauvres diables » ; il redéfinissait ainsi une hiérarchie qui tend parfois à nous échapper : les tigres, souverains de la jungle, fut-elle simplement urbaine ou rurale, ce sont eux, tandis que nous nous limitons au rôle de pauvres diables, il faut bien nous faire à cette réalité…

 En vingt chapitres au ton résolument décalé, cet essai nous en apprend autant (et probablement davantage) sur nous-mêmes, notre mode de vie, nos travers, nos curieuses habitudes, que sur les animaux que nous aimons.

Sans doute l’auteure est-elle fâchée avec la philosophie, puisqu’au fil des pages, elle attribue implicitement à Marx « la propriété, c’est le vol » – une maxime de Pierre-Joseph Proudhon que Marx exécrait – et à Henri Bergson une autre maxime (« le rire est le propre de l’homme ») dont l’auteur n’est autre que… Rabelais ; sans compter l’audace avec laquelle elle rapproche le chat, ce voluptueux hédoniste, de ce tenant de l’idéal ascétique plutôt sinistre qu’était Emmanuel Kant…

Mais on lui pardonnera volontiers ces distractions, dans la mesure où elle truffe son texte d’observations et de conseils drôles et utiles, notamment sous les rubriques « Attention ! » et « Top 5 ». A titre d’exemple, au Top 5 de la mendicité, figure « le regard lourd de reproche », à celui des gestes qui sauvent (après une bêtise commise) « sur le dos, ventre en l’air, soumission totale » ou, à celui des vengeances, « le snober trois jours », autant d’attitudes d’une redoutable efficacité – tous les propriétaires de chats, dont je suis, vous le confirmeront – pour amadouer le maître le moins bien disposé.

 A la fin de l’ouvrage, on notera une rapide présentation de plusieurs artistes amoureux des chats, dont Roland Topor, Léonor Fini, Paul Léautaud, Alexandre Dumas et Colette (on regrette l’absence ici du grand Baudelaire…), mais on appréciera aussi une petite série de témoignages, assortie de cet avertissement : « Les noms ont été changés à la demande des chats, soucieux de préserver leur anonymat. » Parmi ceux-ci, celui de Kiwi (6 ou 7 ans) semble assez emblématique :

« Je suis la reine, l’enfant, l’infante, la princesse, le bébé, le jouet et la joueuse, l’empêcheuse de tourner en rond, la peluche toute ronde qui saute et miaule, la fripouille adorée, celle pour qui elle a acheté un réflex, celle pour qui il s’est mis à adorer les chats. Nous formons une famille unie, inséparable […]. J’ai droit à ma citrouille d’Halloween, mon arbre de Noël, mon œuf de Pâques, un cadeau à chaque anniversaire et les derniers modèles de paniers. Je suis une chatte en pâte, une chatte objet et j’aime ça. » Toute ressemblance avec des chats existants, etc., etc…

Illustrations : Mon chat Kenzo à trois mois – Kenzo, décembre 2010 © T. Savatier.