Un Goncourt de circonstance…

 Finalement, l’Académie Goncourt se sera décidée à couronner Michel Houellebecq, après quatre tentatives infructueuses. La Carte et le territoire l’aura donc emporté, d’une certaine manière, sans surprise, dès le premier tour de scrutin, par 7 voix contre deux, et, ce, en « une minute vingt-neuf secondes » exactement.

Cette rapidité reste exceptionnelle, dans l’histoire des pensionnaires de Drouant, au point que l’on est en droit de se demander s’ils n’ont pas cherché aujourd’hui à réparer leurs bévues passées. Et si ce Goncourt récompense vraiment le dernier livre du romancier pour sa valeur propre ou s’il ne vient pas plutôt consacrer l’ensemble de son œuvre.

Car ce prix littéraire, Houellebecq l’avait mérité depuis longtemps. Depuis 1998, année où Les Particules élémentaires avaient été éliminé de la sélection finale alors qu’il s’agissait d’un roman exceptionnel, véritable poil à gratter pour une société postmoderne en cours de boboïsation. Depuis 2001, année où son troisième roman, Plateforme, tout aussi important que le précédent et, même, visionnaire à certains égards, n’avait figuré que dans la première sélection, puis avait fort opportunément disparu sur fond de Twin Towers réduites en poussière. Les bien-pensants n’avaient probablement pu tolérer ni le thème abordé avec détachement (et sans la dose de moraline obligée) du tourisme sexuel, ni le bain de sang final, mettant en scène des terroristes islamistes.

Sans doute le jury avait-il eu raison, en revanche, de ne pas couronner La Possibilité d’une île en 2005, livre inférieur aux deux précédents (et au tout premier, L’Extension du domaine de la lutte) qui, je l’avoue, m’était tombé des mains vers la page 340.

Mais nous sommes aujourd’hui en 2010 et La Carte et le territoire est un très bon roman, à l’évidence supérieur au précités. Pour autant, il me semble bien loin d’égaler les premiers, même si l’on y retrouve l’écriture glacée et le regard froid posé sur notre société qui sont l’heureuse marque de fabrique de l’écrivain qui témoigne peut-être aujourd’hui le mieux des dérives de notre époque. Ce roman m’a semblé inégal, tant dans son rythme que dans l’histoire qu’il raconte. La fin paraît avoir été bâclée. De plus, Houellebecq semble s’être ici assagi, et c’est au net détriment du livre. Certes, quelques lignes évoquent une banlieue « entièrement contrôlée par les gangs » ; certes aussi, l’aide-ménagère sénégalaise du père du héros est présentée comme « acariâtre et même méchante », mais il n’y a là de quoi choquer personne. Le contenu du livre reste très politiquement correct, très consensuel, l’autodérision demeure de bon aloi et les quelques propos tenus sur Jean-Pierre Pernaut ou Julien Lepers ne relèvent que de la subversion bon-enfant, voire de la blague de potache, il est vrai assez hilarante.

Pourtant, en prenant pour personnage principal un artiste, en situant une partie de son livre dans le monde de l’art, Michel Houellebecq s’était réservé une occasion unique d’épingler les fausses gloires, le marketing roi, les marchés spéculatifs, la coterie des collectionneurs et des galeries, autant de sujets qui auraient mérité les honneurs de son humour sarcastique, dévastateur. Las ! Nous n’avons hérité que de quelques propos grotesques sur Picasso tels qu’on n’en tient même plus au Café du Commerce et d’une description superficielle d’un milieu qui appelait à davantage de consistance.

C’est dommage. Car le style et l’écriture demeurent, qui font de Michel Houellebecq l’un des grands écrivains français contemporains, sinon le plus grand. Déjà vendu à plus de 200.000 exemplaires, La Carte et le territoire devrait allègrement passer le cap du demi-million grâce au Goncourt. Et rejoindre dans les bibliothèques la longue liste des livres qu’on achète, mais qu’on ne lit pas forcément. Cela dit, il serait regrettable que cet arbre cache aux lecteurs qui n’auraient jamais abordé l’auteur la belle forêt de ses trois premiers romans. Au final, ce cru 2010 n’aura créé ni vagues ni surprise. Le jury aura fait un choix qui le met à l’abri des attaques en élisant un auteur que tout le monde présentait, depuis la publication du livre, comme l’inévitable favori. Un Goncourt de circonstance, en quelque sorte.  

3 réflexions au sujet de « Un Goncourt de circonstance… »

  1. Je n’ai pas aimé « Les particules élémentaires ». S’il me prenait la fantaisie coupable de lire le dernier opus de M.Houellebecq, emprunté à la médiathèque de mon quartier (je préfère ne pas l’acheter et garder mon argent pour m’offrir autre chose) je ne sais pas si je l’apprécierait. Il se trouve que la littérature contemporaine m’ennuie considérablement. Angot me tombe des mains, Bégaudeau tout autant, Beigbeder, n’en parlons pas … Peu de plumes trouvent grâce à mes yeux ! Je ne dénie pas à M.Houellebecq du talent mais je ne trouve guère de génie à sa prose. Quant à la lucidité de son regard sur notre monde actuel, je dis : bof !!!!! bof !!!! bof !!!!!!
    Petit agacement : les médias qui ont parlé de lui et de son dernier livre durant ces derniers mois ont fait preuve d’une complaisance (cf. « Le grand journal » du « percutant » Denisot !) qui déconcerte. Je n’ai pas entendu une seule voix critique; je n’ai rien perçu de virulent ni d’acerbe dans les propos tenus à propos de son roman. Aujourd’hui, « Libé » consacre sa Une à cet « emmerdeur » des lettres. N’est-ce pas un peu trop ? Ce disant, on parle de M.Houellebecq comme d’un homme sans compromissions qui se plaît à vivre (en exilé …fiscal) en marge de ce microcosme germanopratin qui nous fait rire autant qu’une bonne farce de Courteline. Or, il accepte sans rechigner un prix qui, je le trouve, symbolise assez bien ce petit monde parisien. N’est pas Julien Gracq qui veut !!!!!! (à ce propos relisez « LA LITTERATURE A L’ESTOMAC », si riche d’enseignement …). Alors, je m’interroge : M.Houellebecq ne nous a t-il pas joué la comédie durant toutes ces années ? Quoi, il jouait à l’homme provocateur ? Il ne l’était donc pas vraiment … Son acrimonie légendaire n’était donc qu’un masque qu’il a fini par ôter. Aujourd’hui, dans le confort moelleux du restaurant Drouant, il nous laisse voir un visage souriant, le visage épanoui d’un homme qui se réjouit autant de sa récompense qu’un enfant qui décroche le pompon après un tour de manège. Vanité des vanités …

    Allez, soyons beau joueur : je termine par un pitoyable petit poème composé en vers de mirliton que ne renierait pas M. Houellebecq dont M.Sorin Raphaël admire tant le « génie poétique » :

    Qu’on ne me parle plus de cet auteur notoire !
    Qu’on ne me parle plus de cet auteur poids lourd
    Qui se voit couronné des lauriers de la gloire !
    Qu’on me foute la paix avec son prix Goncourt !

    Qu’on ne me parle plus de sa prose inouïe !
    Qu’on ne me dise pas qu’il surpasse Quignard !
    Qu’on me laisse cueillir, belle et épanouie,
    La rose du talent dans l’oeuvre de Ronsard

    Qu’on ne me vante plus son admirable verve !
    Qu’on ne me parle plus de son triste talent !
    On sait que cet auteur qui agace et énerve
    Finira au pilon, quelque peu pantelant !

    Qu’on cesse pour jamais, pour jamais de me dire
    Qu’il faut absolument, sans le moindre délai,
    Qu’il faut absolument, mais ABSOLUMENT lire
    Ce grand auteur qui peint notre monde si laid !

    Qu’on ne me casse plus les pieds avec cet homme !
    Qu’on ne m’explique plus qu’il est un grand auteur !

    Moi, je ne vois en lui, hypocrite Lecteur,
    Qu’un timide orgueilleux dont l’oeuvre nous assomme !

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  2. C’est marrant, tous les journalistes font le même papier: « On lui a donné le Goncourt pour se rattraper et il est très beauf quand il critique Picasso et je vais vous rappeler qu’il a fait des tres bons livres avant. »

    Ce livre est au Goncourt (donc le meillleur d’une liste de 600 roman) ce qu’Obama est au Nobel de la paix. N’importe quoi! Grosses difficultés à démarrer dans une langue penible non maitrisé, rythme complètement hasardeux avec des « j ‘ten rajoute un chapitre qu’a rien à voir et pis j’ai encore un truc sous le coude », petite finale en danseuse « sur le theme: ensuite, c’est ma vision du future de la France en trente pages. Comme d’habitude avec Houllebecq, c’est pleins d’idées brillantes, de pages excitantes, mais contrairement à ses anciens ouvrages et particulierement le précédent, il s’agit là de saillis isolés, mal fagotés ensemble.
    Point de grand projet, de vision, de transcendance mais plus un amusement d’adolescent aigri qui tenterait l’absurde en écriture automatique. bref…l’élève Houelebecq, il a pas fait ses devoirs et s’est reposé sur ses acquis: son décalage sarcastique.
    En tant que fan et moi-même ado mal dégrossi, j’ai été très heureux, de me plonger dans ce livre, qui suscite, excite, raffraichit ne serait-ce que par son côté : »allez, j’envois dans tous les sens, on s’en fout ». Je me dis que c’est un honneur d’avoir eu la chance de pouvoir lire une épreuve de travail, un ouvrage intermediaire dans la reflection de l’auteur. Une chose est sure: le livre sera bon. Il méritera peut-etre même le Goncourt, qui sait. Mais il reste du travail.

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  3. Très cher,

    Aucun livre de Houellebeck ne vaut le Goncourt parce que le style et le vocabulaire est médiocre.
    Alors pour le meilleur écrivain francophone vivant, on repassera.

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