L’unique visage de Lautréamont

 Voici un document qui aurait fait rêver les surréalistes – Breton en tête – et qui, très probablement, sera âprement disputé par nombre d’amateurs : le 20 octobre prochain, la maison de ventes ALDE dispersera une collection d’autographes et de documents parmi lesquels figure l’unique exemplaire de la seule photographie connue d’Isidore Ducasse, qui signa du pseudonyme « comte de Lautréamont » ce texte inclassable, vertigineux et déroutant, Les Chants de Maldoror.

« Photographie originale ; papier albuminé, 9,2 x 5 cm, monté sur carte à la marque du photographe Blanchard, Place Maubourguet à Tarbes », précise la notice du catalogue. Ce portrait en pied appartenait à Georges Dazet, un camarade de Ducasse au lycée de Tarbes dont le père était aussi le tuteur du poète ; il fut découvert dans un album de famille par Jean-Jacques Lefrère en 1977. Animateur, avec Michel Pierssens, de la passionnante revue Histoires littéraires, fin connaisseur de Rimbaud et de Jules Laforgue, Jean-Jacques Lefrère publia chez Fayard en 1998 une biographie très remarquée de Ducasse, sans doute l’un des auteurs du XIXe siècle les plus énigmatiques et les plus auréolés de légende. Sa mort, à vingt-quatre ans, le 24 novembre 1870, ne fut pas étrangère à la construction du mythe; les surréalistes y furent aussi pour beaucoup, bien sûr, mais, déjà en 1890, Léon Bloy, qui connaissait son monde, définissait l’écrivain comme un «cher grand homme avorté ! Pauvre rastaquouère sublime !»

 Thierry Bodin, l’expert parisien bien connu qui a rédigé le catalogue, avance une estimation de 40.000 à 50.000 € pour cette pièce unique. Souhaitons que la Bibliothèque nationale puisse l’acquérir ou, à défaut, que le cliché ne soit pas acheté par l’un de ces collectionneurs jaloux qui prennent un malin plaisir à enfermer leurs documents dans un coffre de banque plutôt que de les mettre à la disposition des chercheurs et du public.

Les enchérisseurs malheureux et les amateurs d’Isidore Ducasse pourront toujours se consoler en lisant le nouvel ouvrage de Jean-Jacques Lefrère, Lautréamont (Flammarion, 224 pages, 60 €), qui fixe l’état actuel des connaissances sur l’écrivain et contient de nombreux documents inédits.

Une réflexion au sujet de « L’unique visage de Lautréamont »

  1. La mise à l’encan, en avril 2003, de la « collection André Breton » par la salle des ventes Drouot avait déjà montré comment l’âpreté au gain dépassait tout respect de la création artistique.

    Heureusement, l’oeuvre de Lautréamont résistera toujours au crissement des plumes sur les chéquiers d’affairistes et autres margoulins qui se « piquent » de littérature sans en subir, hélas, l’overdose.

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