Manuel de savoir-vivre en cas d’invasion islamique

 En 1974, sortait en salles Les Chinois à Paris, film dans lequel Jean Yanne transposait, d’une manière à peine déguisée, et avec l’œil acéré qui était le sien, l’occupation allemande durant la seconde guerre mondiale. Si le maoïsme, très en vogue dans les milieux intellectuels de l’époque, faisait l’objet d’une satire où l’humour et les clichés concernant la Chine se mêlaient, le film mettait surtout l’accent sur quelques comportements présentés comme « typiquement français ». La débrouillardise, les gauloiseries et le goût de la dérision y côtoyaient le cynisme, les bassesses de la collaboration, la délation, l’obséquiosité des autorités envers l’occupant, les résistants de la dernière heure et l’affairisme. Le film, politiquement incorrect avant l’heure, fut assassiné par la presse, de gauche comme de droite, mais connut un succès populaire considérable.

La démarche de Corinne Maier et Frank Martin n’est pas très éloignée de celle de Jean Yanne. Leur Manuel de savoir-vivre en cas d’invasion islamique (Michalon, 185 pages, 15 €) part, lui aussi, d’une invasion fictive annoncée dès l’introduction :

« Mais c’est surtout une fable qui, en une succession de vignettes volontiers déjantées, pousse la porte d’une France ripolinée en République française islamique. Une France voilée ? Non, une France dévoilée, mise à nu par ses essayistes, même – on ne voit jamais mieux la réalité qu’à travers le prisme de l’imaginaire. »

Ce clin d’œil à l’œuvre de Marcel Duchamp fait mieux comprendre le caractère provocateur du titre du livre, présenté sous couverture verte, comme on pouvait s’y attendre.

Car le contenu de cet essai se lit au second, voire au troisième degré ; il ne fera encourir aucune fatwa aux auteurs (ils ne sont pas musulmans) ni aucune menace ; ils ne risqueront pas davantage de tomber sous le coup des lois antiracistes en dépit du chromosome toujours chatouilleux des professionnels de l’indignation ; il s’agit d’un manuel de savoir-vivre, non d’un guide de survie. C’est la France qui, au fil des pages, se trouve surtout épinglée à travers la crise identitaire qui la traverse, la remise en question de son modèle d’intégration et, parmi ses représentants (entre autres), « quelques intellos [qui] ont été saisis depuis les années 1990 d’un amour immodéré pour l’Islam », ainsi que « tous ceux qui n’aiment pas les Juifs, les féministes, les Américains. »

Le ton est impertinent et décalé, ce qui ne surprendra pas les lecteurs de Corinne Maier  (j’avais beaucoup aimé son Lacan dira-t-on) qui s’attaque généralement avec un humour corrosif au politiquement correct, aux idées reçues les mieux acceptées ou les plus lénifiantes. Ici, toutefois, la dérision bienvenue cède, de temps à autres, la place à des plaisanteries (trop) faciles qui feraient volontiers penser à l’Almanach Vermot. On peut le regretter. Ainsi, la SNCF « qui gardera son nom dans l’avenir car il se prononce Hassan Sehef » reprend un jeu de mots que les Nuls avaient popularisé dans une de leurs célèbres fausses pubs télévisées des années 1980. Hors de son contexte d’origine et en l’absence de référence, ce calembour ne fait guère rire. De même, on aurait pu faire l’économie, notamment, de « ça craint du boudin », remplacé par « ça craint du kebab » dans un petit lexique d’expressions à dire ou ne pas dire dont les auteurs, qui, visiblement, ne manquent pourtant pas d’esprit, auraient pu tirer un bien meilleur parti.

En revanche, ils se montrent beaucoup plus à l’aise dès qu’ils échappent à cette facilité pour dénoncer certains traits de notre société : « autre pilier de l’Islam : l’aumône. Le musulman donne aux pauvres, car il est obligatoire de céder un pourcentage de ce que l’on possède à la communauté. La France, dont la fiscalité figure parmi les plus lourdes du monde, est quelque part déjà musulmane par le cœur et par le porte-monnaie. »

Tous les sujets, des plus quotidiens aux plus insolites, font l’objet de développements. Les religions sont renvoyées dos à dos sur plusieurs de leurs aspects : « la Bible a pu servir à justifier autant l’Inquisition que François d’Assise. Aussi, quand le pape Benoit XVI sous-entend que l’Islam est violent, c’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité ; et les croisades, la Saint-Barthélemy, les Indiens d’Amérique sacrifiés sur l’autel d’un bon Dieu peu amène ? », « Avant de porter un jugement rapide, rappelez-vous que toutes les grandes religions monothéistes ont théorisé la soumission des femmes. » Le port du voile s’en trouve relativisé : « N’oubliez pas que les femmes juives pratiquantes sont, elle aussi, invitées à dissimuler leurs cheveux, à l’extérieur de chez elles. »

Les intellectuels bien pensants n’échappent pas à l’œil impitoyable des auteurs : « Certains [imams] vulgarisent même un Islam tendance Télérama, donc parsemé de leçons de morale et de déclarations de principe creuses. » Non plus que la vision sécuritaire et hygiéniste de la société : « Jadis, le pouvoir s’incarnait dans le droit de punir et de donner la mort ; aujourd’hui, il est la norme qui contrôle notre existence depuis la naissance jusqu’à la mort. L’objectif du pouvoir est de nous faire vivre à tout prix, de vouloir notre « bien » au point de nous étouffer, de nous pister partout où nous allons. »

La censure fait l’objet d’une intéressante section (l’écriture, la peinture, les caricatures) où l’on retrouve une curieuse phrase de Jean Clair, tirée de son essai Malaise dans les musées, dont le conservatisme en surprendra plus d’un. Autre sujet d’étonnement pour le lecteur qui ne serait pas familier de l’Islam, le chapitre traitant de la sexualité :

 « Dans le Coran, le sexe est lié au plaisir ; même s’il est interdit d’avoir des rapports sexuels hors mariage, beaucoup de choses sont permises dans le cadre de l’union maritale. Un progrès notable par rapport à la Bible, dans laquelle le sexe est strictement synonyme de procréation. »

Bien sûr, l’argument est un peu court et aurait mérité davantage de précisions. L’hostilité à la sexualité se retrouve surtout dans une partie du Nouveau Testament, les Epitres de Paul de Tarse, reprises dès les premiers siècles par les Pères de l’Eglise. En outre, on aurait aimé voir apporter certaines nuances entre les conceptions de l’érotisme des sunnites et des chiites dans la vie conjugale (ces derniers faisant généralement preuve d’une plus grande ouverture sur ce sujet). Mais l’idée globale est claire, tout comme la tolérance pragmatique de l’Islam envers la contraception, qui s’oppose à la stricte doctrine chrétienne.

Certes, le livre aborde, non sans humour, certains changements qui pourraient intervenir en France dans cette circonstance loufoque « d’invasion », concernant les habitudes alimentaires, vestimentaires, la décoration intérieure, les sujets de thèse des étudiants. Un chapitre traitant des « distractions et plaisirs licites » offrent une belle satire de quelques émissions de télévision (La chasse à l’impiété…) ou quelques films (Tchao Passy) qu’on reconnaitra facilement à leur description au vitriol. Pour autant, la démonstration des auteurs se veut, entre les lignes, plus subversive : elle laisse entendre qu’à bien des égards, rien ne serait modifié, notamment au sujet du néoconservatisme moral ambiant ou de la place des femmes au sein de la société politique et économique. Ces dernières sont en revanche présentées – nouvelle preuve de second degré – comme un tremplin social pour leur mari, grâce au réseautage accru que permettrait… la polygamie.

Ce petit manuel s’apparente, à bien des égards, au Bienvenue à l’armée Rouge, le guide du collabo, qui fut publié chez Lattès en 1984 par Pierre Antilogus et Philippe Tretiack. Sa lecture distrait, même s’il aurait gagné à davantage de finesse dans l’humour. Certaines réflexions invitent à s’interroger, comme lorsque les auteurs se demandent si l’Islam ne serait pas « le salut spirituel des petits hommes nietzschéens sans vérité et sans valeurs, dont l’horizon se résume à un frigo neuf, à l’arrosage du pot de géranium et à une petite bière devant un match de foot. » Une manière de nous rappeler, sans doute, qu’il faut toujours se méfier des horizons à courte vue et des jeux du cirque.

Illustrations : Corinne Maier –  Harem, gravure 1837 – Mosaïque, fontaine de Mekhnes, Maroc.

12 réflexions au sujet de « Manuel de savoir-vivre en cas d’invasion islamique »

  1. L’un des auteurs compare la situation des femmes en France et dans le monde musulman. Les femmes françaises, dit-il, sont soumises à des contraintes considérables, qui ne le cèdent en rien à celles imposées aux Musulmanes: prenez, par exemple, la restriction morale qui veut qu’elles s’épilent le corps, pour se plier aux injonctions du paraître. N’est-ce pas là une violation des libertés au moins égale à celle d’obliger une femme à se voiler hors de sa maison? L’on en tirera donc cette morale nécessaire que l’on malmène la liberté tant à contraindre une femme à se voiler entièrement le corps, qu’à la priver même du plus mince des voiles: un poil.

    J'aime

  2. Il faut arrêter de dire n’importe quoi : les femmes françaises ne sont pas obligées de s’épiler. L' »injonction du paraître » n’existe que pour celles qui veulent bien s’y plier, parce qu’elles y trouvent un avantage (un pouvoir de séduction accru).

    Si les féministes françaises sortaient un peu plus souvent de leur milieu du journalisme financé par les marchands de cosmétiques pour regarder les femmes telles qu’elles peuvent être dans la vrai vie, boulangères quinquagénaires, caissières de supermarché ou infirmières en maison de retraite, elles se décrasseraient la tête de leurs stéréotypes de mannequinat pour midinettes prépubères.

    Je connais de nombreuses femmes, mères de famille, grand-mères, et aussi de jeunes femmes, qui ne s’épilent pas ; la plupart des gens normaux ne passent pas des heures à se pomponner, et ne sont pas obsédés par les canons de beauté édictés par les magazines.

    Et quand bien même, comparer ce qui n’est qu’une coquetterie, au voile islamique imposé par une pression sociale archaïque et religieuse, véritable négation de la femme dans l’espace public, ça a quelque chose d’écoeurant, de profondément stupide, et même de collaborationniste.

    J'aime

  3. « Aussi, quand le pape Benoit XVI sous-entend que l’Islam est violent, c’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité ; et les croisades,  »

    Heu j’espère que cet argument est un ENORME blague???

    Les croisades ont été déclenchées à la suite de l’invasion des musulmans sur terres chrétiennes: les Chrétiens d’Orient demandant de l’aide alors qu’ils se faisaient massacrer.

    « Mythe PC : Les croisades furent une attaque non provoquée de l’Europe contre le monde musulman

    Faux. La conquête de Jérusalem en l’an 638 marqua le début de plusieurs siècles d’agression musulmane et d’aggravation des persécutions à l’encontre des Chrétiens de Terre Sainte. Quelques exemples : au début du VIIIe siècle, soixante pèlerins chrétiens d’Amorium furent crucifiés ; à la même époque, le gouverneur musulman de Césarée captura et exécuta un groupe de pèlerins en provenance d’Iconium sous prétexte d’espionnage (à l’exception de quelques-uns qui se convertirent à l’Islam) ; menaçant de piller l’église de la Résurrection, les Musulmans exigèrent de l’argent des pèlerins. Plus tard au VIIIe siècle, un chef musulman interdit toute exhibition de la croix dans Jérusalem. Il augmenta l’impôt religieux (jizya) à la charge des Chrétiens et interdit à ces mêmes Chrétiens d’enseigner la religion chrétienne, même à leurs propres enfants.

    La soumission par la force et la violence devint la règle pour les Chrétiens vivant en Terre Sainte. En l’an 772, le calife al-Mansur ordonna que les mains des Chrétiens et des Juifs soient marquées d’un signe distinctif. Les conversions au Christianisme furent traitées de manière particulièrement brutale. En l’an 789, les Musulmans décapitèrent un moine musulman qui s’était convertit au Christianisme et saccagèrent le monastère de Saint Théodose à Bethléem, tuant plusieurs autres moines. D’autres monastères de la région subirent le même sort. Au début du IXe siècle, les persécutions s’intensifièrent à tel point qu’un grand nombre de Chrétiens s’enfuirent vers Constantinople et d’autres villes chrétiennes. En l’an 923, de nouvelles persécutions conduisirent à la destruction d’églises et, en l’an 937, pendant le dimanche des Rameaux à Jérusalem, les Musulmans pillèrent et détruisirent les églises du Calvaire et de la Résurrection. »

    http://www.gpii.precaution.ch/?cat=13

    C’est quoi ce texte d’inculte?

    J'aime

    1. @Rainbird
      Ah, la paille, la poutre, tout ça. Toujours un bon motif pour s’esbaudir, une bonne raison pour s’esclaffer. Ainsi, votre pauvre réponse ne manque certes pas de références historiques, mais pêche par une absence totale de logique, ce qui est bien plus grave que ne l’est l’inculture, étant plus difficile à amender.
      La portion de phrase par vous citée, « Aussi, quand le pape Benoit XVI sous-entend que l’Islam est violent, c’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité ; et les croisades, » ne sous-entend nullement que l’Islam n’est PAS violent (ou du moins n’ait pas d’expressions violentes, car il serait aussi absurde de définir ce qu’est la religion d’Averroès ET de cette brute de Muhammad ibn al Wahab que de définir ce qu’est la religion de François d’Assise ET de cette brute de Bernard de Clairvaux), mais que le christianisme a lui aussi ses expressions violentes, ce qui ne le place pas dans une position idéale pour faire la leçon aux autres religions (là encore, la poutre. Et vous voyez que la parabole évangélique de la femme pécheresse ne suffit visiblement pas à empêcher celui qui est sensé défendre les Évangiles de les trahir); or vous répondez simplement en rappelant les expressions violentes de l’Islam, comme si c’était l’assurance du bon droit du christianisme en la matière.
      Venons-en au détail, et à votre dénonciation du « mythe PC », comme vous dites. Tout ceci est bel et bon, mais l’exemple que vous citez qui se rapproche le plus du temps des Croisades lui est antérieur de plus d’un siècle. Et l’excuse (je ne trouve pas de meilleur mot) invoquée pour le départ de la Première Croisade, la chute des Lieux Saints, lui est, comme vous le rappelez si justement, antérieur de plus de cinq. Et surtout, un mal n’en effaçant pas un autre, je vois mal comment les exactions commises par les musulmans effacent les cris des croisés devant les remparts de Manarra clamant vouloir croquer du sarrasin, et ce d’autant moins qu’une fois la ville prise ils joignirent les actes aux discours – littéralement. En la matière, il est logique de renvoyer ces deux expressions religieuses dos à dos, étant fort similaires – et pareillement pour ce qui est des conversions forcées, aucune religion n’échappant à cette déplorable attitude dès qu’elle est en position de le faire (pas même, contrairement à un vieux mythe de hippie, le bouddhisme – la conversion du Tibet s’étant faite à coups de gourdins dans la gueule des mécréants, et le chamanisme n’ayant pu y survivre que de façon souterraine, et encore en se grimant pour ressembler au bouddhisme au moins dans la forme). Voilà ce que la citation d’origine voulait, très visiblement dire; prenez la mesure de l’affront que vous faites à la logique par votre réponse.

      J'aime

  4. On peut dire n’imporque quoi, encore faut-il connaître un minimun de chose sur cetains sujets pour en parler.
    Il n’y a qu’à lire les textes fondamentaux du l’islam, avant d’en parler. Si le prophète de l’islam alors qu’il était à la Mecque cherchait à remplacer le culte des idoles par une religion monothéiste, copiée sur le judaïsme, tout en reconnaisssant Jésus domme simple prophète, tout a changé peu après son installation à Médine où il devient chef de communauté.
    Il rompt définitivement avec les chrétiens et les juifs qui refusent de le reconnaître comme prophète et décide de piller les « riches » caravanes mecquoises pour s’emparer de leurs biens. Ce changement d’attitude ne mauque pas d’être remarqué par ses compagnons qui lui disne même : « Alors que nous étions à la Mecque, tu npus demandais de patienter et de ne pas répondre aux provocations des idolâtres et maintenant tu nous demandes d’attaquer (les cravanes) certains ajoutant même qu’il agissait plus pour le butin que pour la religion.
    Ce n’est que peu après pour justifier le combat contre les infidèles en tout lieu tout temps et par n’importe quel moyen qu’il va légitimer la guerre sainte du seul fait que l’idôlatrie est le plus grave des péchés et que toute action envers ceux qui s’y livrent est un commandement divin. Toute la vie de Mahomet va être une succession d’opérations guerrières offensives suivies de meurtre, de viols collectifs et surtout de prise de butin (sourate VIII « Le Butin » sourates 47 et 48).
    En résumé on peut résumer le programme par 2 versets du coran : »Nous vous appellerons à marchez contre les nations ; vous les combattrez jusqu’elles emmbrassent l’islam » et « Faites la guerre à ceux qui ne croient point en Dieu ni au jour dernier, qui ne considérent pas comme défendu, ce que Dieu et son prophète ont interdit, et à ceux parmi les hommes des Ecritures qui ne professent pas la vraie religion »
    Quant aux juifs et aux chrétiens qu’il avait considéré comme égaux au début de la révélation, le coran proclame « N’ayez pas d’amis juifs et chrétiens car ils sont amis les uns des autres et quiconque sera leur ami deviendra comme eux »
    CE sont la des faits historiques rapportés par les propres compagnons du prophète.
    Quant aux femmes, si le coran précise qu’un musulman ne peut avoir que 4 épouses, il précise qu’il peut avoir autant de concubines qu’il désire à condition qu’elles aient été acquises de la main droite, c’est à dire soit à titre de butin, soit par l’achat. Personne ne parle des ces milliers de femmes réduites au bon vouloir de leur maître qui peut en jouir comme il le désire.
    Si c’estça la tolérance, alors Hitler était tolérant, il est vrai que Mahomet n’avait que son sabre et qu’il a fallu plus d’une journée pour décapiter les centaines de juifs d’une des dernières tribus de Médine avant de réduire leurs femmes et leurs enfants en esclavage, les autres ayant été chassées de leur oasis et dépouillées de leurs biens

    J'aime

  5. Eviter de dire n’importe quoi va au-delà de connaître un minimum de choses sur certains sujets, notamment les sujets « épineux » dont la religion.
    Bien avant Mahomet, Abraham, le père du monothéisme, avait commencé la guerre contre les idoles adulées dans une Mecque des siècles avant JC (avant même Moïse). Existe-t-il une réelle rupture avec les deux religions monothéistes préexistantes ? Pas vraiment. Les musulmans ont le droit de consommer la nourriture d’un juif, Mahomet avait épousé une copte, Maria. Preuve que dans le quotidien des mortels les arrangements restent possibles, pour ne pas trop compliquer les choses.
    Les butins de guerre étaient un droit « tribal » qui existait bien avant l’apparition de l’Islam. Comme pour beaucoup d’autres pratiques aussi tribales, rompre complètement avec les ancêtres pour imposer une loi nouvelle n’est pas ce qu’on peut appeler une opération stratégique. Tout le monde sait que, mieux on arrive à s’intégrer dans la culture d’un peuple, plus on a de chance à pouvoir s’imposer (c’est ce qu’on enseigne aux soldats, humanitaires, cadres, etc. quand ils partent en mission à l’étranger).
    Il faut voir aussi le contexte culturel de l’époque. Des tribus en guerres incessantes pour l’eau, la nourriture, la survie. C’est la force du poing (de l’épée) qui détermine l’avenir. On « entasse » les femmes, épouses, concubines, esclaves, parce que les guerres fauchaient presque exclusivement les hommes, et que les femmes n’avaient presque jamais l’occasion de s’en sortir. Toutefois, entre ce qui se passait à l’époque et ce qu’on lit dans le Coran, il y a une bien grande différence. On ne peut s’en rendre compte qu’en lisant le Coran, en arabe svp, car on ne traduit jamais fidèlement, surtout avec une langue aussi riche et compliquée que l’arabe.
    Comprendre la dimension de l’Islam va au-delà des guerres (tribales, pour exister), au-delà de l’asservissement des femmes qui n’est qu’une application d’une interprétation trop misogyne d’hommes qui refusent (par peur sans doute !) de lire d’un « cœur nouveau » les versets du Coran. Ceux qui disent que l’Islam interdit à la femme de sortir sans l’autorisation de son mari n’ont pas entendu parler des femmes qui accompagnaient les guerriers pour soigner leurs blessures. Ils ne veulent pas voir la sensualité et l’érotisme qui ne sont pas qu’allusion dans certains versets du Coran. Ils ont oublié que pour une fois la femme a eu le droit à exister en tant qu’un être à part entière (par le choix du mari, par le droit à l’héritage, par l’éducation).
    Malheureusement, comme l’Eglise a réussi à garder durant des siècles un immense fossé entre le peuple et la religion (on ne donnait au gens que ce qu’on voulait qu’ils sachent), l’application de l’Islam (beaucoup plus riche que de la charia, fille des « mâles ») est loin de se débarrasser de la lecture aveugle imposée aux croyants au nom du grand Secret de la Parole du Coran (on n’a pas le droit de discuter, de douter, de remettre en question). Comme quoi, pour s’adresser aux humains, les dieux ont besoin d’adopter un dialogue inintelligible (façon blablabla).
    Revenons au Manuel, intéressant mais parfois un peu lourdaud quand on doit jongler avec l’humour pour ne pas blesser ou se faire décapiter.

    J'aime

  6. « L’hostilité à la sexualité se retrouve surtout dans une partie du Nouveau Testament, les Epitres de Paul de Tarse, reprises dès les premiers siècles par les Pères de l’Eglise. »

    Ah bon?

     » (…) quelques-uns abandonneront la foi, par l’hypocrisie de faux docteurs (…) prescrivant de ne pas se marier, et de s’abstenir d’aliments que Dieu a créés pour qu’ils soient pris avec actions de grâces par ceux qui sont fidèles et qui ont connu la vérité. Car tout ce que Dieu a créé est bon (…) » 1ère lettre à Thimothée

     » (…) je pense qu’il est bon pour l’homme de ne point toucher de femme. Toutefois, pour éviter l’impudicité, que chacun ait sa femme, et que chaque femme ait son mari. Que le mari rende à sa femme ce qu’il lui doit, et que la femme agisse de même envers son mari. La femme n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est le mari; et pareillement, le mari n’a pas autorité sur son propre corps, mais c’est la femme. Ne vous privez point l’un de l’autre, si ce n’est d’un commun accord pour un temps, afin de vaquer à la prière; puis retournez ensemble, de peur que Satan ne vous tente par votre incontinence.
    Je dis cela par condescendance, je n’en fais pas un ordre. Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi; mais chacun tient de Dieu un don particulier, l’un d’une manière, l’autre d’une autre. » 1ère lettre aux Corinthiens

    Ce que des imbéciles et des frustrés congénitaux ont fait ensuite du corpus paulinien, ça les regarde, mais faut éviter de lui lancer des pierres qu’il ne mérite pas, au Paulo. 😉

    J'aime

  7. Thierry, vous trouvez vraiment qu’il soit curieux qu’une citation de Jean Clair sonne conservatrice? Tout ce que j’ai lu de cet homme fleure le conservatisme à 15 pas. D’ailleurs, et n’ayant pour ma part rien contre l’Almanach Vermot (à petites doses, quand même…), je ne vous épargnerai pas et j’ajouterai qu’il s’agit sans doute de déformation professionnelle.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s