Exposition à La Rochelle

Les villes portuaires, surtout les plus touristiques, foisonnent de galeries où s’étalent les marines à longueur de devantures. Marines-cartes-postales représentant chalutiers à quai, voiliers à la manœuvre ou barques échouées sur fond d’inévitable marée basse. Au mieux, bien qu’assez stéréotypées, elles sont l’œuvre de peintres locaux ; au pire, ce sont des toiles exécutées à la chaîne par des copistes chinois alignés en rang d’oignon dans les ateliers spécialisés de Pékin ou de Shenzhen. Peintures décoratives peut-être, mais alors, le plus souvent, c’est à la manière des galets peints ou des reliures factices au kilomètre.

Les œuvres de Véronique Robert-Bancharelle exposées jusqu’au 5 juillet à la galerie Métisse de La Rochelle (29 rue Saint-Nicolas Tel. 06 32 24 43 01) n’ont aucun point commun avec ces peintures pour touristes. Accrochées dans un lieu d’exposition qui rappelle certaines galeries de la rue de Seine, elles offrent des paysages imaginaires, tout en camaïeu de noir, de bleu ou de jaune. Le travail de la lumière est d’un rendu exemplaire : c’est un tableau où le gris se joue du noir qui, depuis la rue, avait attiré mon attention en me faisant un instant penser à Soulages et ses outrenoirs. Pourtant, en dépit d’un choix identique de pigmentations, il n’y a rien de commun entre les reliefs de la matière chez celui-ci et les surfaces absolument lisses des panneaux de Véronique Robert-Bancharelle. Chez elle, le travail à pleine pâte se réalise sur la palette (énorme, 4 m2 de verre) ; la peinture est ensuite étalée à l’aide de larges brosses de peintre en bâtiment, puis étirée, patiemment grattée avec des spatules de vitrier. A voir le résultat, la subtilité des textures, on peine à imaginer l’utilisation de tels instruments. Et l’on s’interroge sur la surface polie comme un miroir. Le secret en est simple, mais plutôt original : une application finale de cire d’abeille.

Dans L’Atelier d’Alberto Giacometti, Jean Genet écrivait, à propos d’un portrait : « Vu de l’atelier […] le portrait m’apparait d’abord comme un enchevêtrement de lignes courbes, virgules, cercles fermés traversés d’une sécante, plutôt roses, gris ou noirs – un étrange vert s’y mêle aussi – enchevêtrement très délicat qu’il était en train de faire, où sans doute il se perdait. Mais j’ai l’idée de sortir le tableau dans la cour : le résultat et effrayant. A mesure que je m’éloigne, […] le visage avec tout son modelé m’apparait, s’impose, […] vient à ma rencontre, fond sur moi et se précipite dans la toile d’où il partait, devient d’une présence, d’une réalité et d’un relief terribles. »

Avec les tableaux de Véronique Robert-Bancharelle, c’est exactement à la démarche inverse qu’il faut se livrer. De loin, on songe à une peinture abstraite dont on devine pourtant qu’elle cache autre chose, et c’est en se rapprochant que les détails apparaissent, nuages, vagues, tempêtes et brumes. Les amoureux d’un lever du jour en Bretagne ne seront pas dépaysés ; ils trouveront ici, toutefois, davantage de mystère. Univers marin donc ? Sans aucun doute, mais il serait probablement impropre de qualifier de « marines » ces huiles où le ciel prend autant d’importance que la mer (on ne peut davantage appeler « marines » la série des vagues peintes par Gustave Courbet, ni celles qui viennent mourir sur les plages oniriques de Jean-Pierre Alaux). Cela tient peut-être au fait que l’artiste, bien que bercée depuis son enfance par des récits maritimes, travaille dans un atelier situé dans les Cévennes dont le relief évoque autant de vagues minérales.

 

On ne peut que recommander aux voyageurs qui se rendraient à La Rochelle une visite à cette exposition temporaire soutenue par la Fondation E.c.art Pomaret (sous l’égide de l’Institut de France), et à cette galerie dont les choix artistiques sortent des sentiers battus. Sa fondatrice, Anne Mathieu, qui fut directrice de la communication après avoir travaillé chez Sygma et R.E.A., propose d’ailleurs aux artistes un accompagnement dans leur démarche de création et de promotion sous l’appellation « Arts visibles », une initiative qui mérite d’être encouragée.

Notons enfin que les œuvres de Véronique Robert-Bancharelle seront accueillies par l’association du Domaine de Guéric du 13 au 25 juillet à La Chapelle Sainte Anne, Pointe de Brouël, sur l’Ile aux Moines, dans le golfe du Morbihan.

Illustrations : Véronique Robert-Bancharelle, huiles sur bois.

10 réflexions au sujet de « Exposition à La Rochelle »

  1. En terme de marine , on appelle ça un amer; point fixe servant de repère a la
    navigation.
    Ma route est longue, sombre et solitaire. Le vacarme assourdissant de l image
    et le goût du monde pour ses univers hurlants, me font douter parfois de la justesse de mon travail.
    Le silence n est pas au goût du jour…Je continue donc,renforcee par votre texte. Les amers sont rares mais essentiels.
    Merci Monsieur

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  2. OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

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